Cinq statistiques définissant le début de saison des Cavaliers

Les Cavaliers ont désormais joué une quinzaine de matchs cette saison, ce qui nous permet de jeter un œil aux statistiques avancées et d’examiner les dynamiques qui fonctionnent ou non au sein de l’équipe.

Avec un bilan de 11 victoires pour trois défaites, et un niveau de jeu qui semble augmenter de jour en jour, on peut dire qu’il s’agit de débuts satisfaisants pour le groupe de David Blatt.

Malgré les (nombreuses) blessures, les Cavaliers sont parvenus à installer une philosophie de jeu correspondant aux souhaits de leur coach, mais aussi au style des joueurs. Entrons dans les détails sans plus tarder avec des statistiques précises.

1,29

Durant la pré-saison, les déclarations autour de l’équipe semblaient se rejoindre sur un point : l’intégration de Kevin Love en attaque sera la priorité. Malgré des débuts poussifs en attaque, nous sommes forcés de reconnaître que ce changement de mentalité fonctionne. En seulement 14 apparitions cette saison, Love a déjà battu son record de points marqués en un match avec les Cavaliers (34). Il compte également sept performances à plus de 20 points à son actif (contre 23 la saison dernière).

Avec plus d’expérience et de vécu dans ce groupe, Love apparaît plus à son aise sur le terrain. Il ne se contente plus de rester sur le périmètre, mais il choisit plus souvent d’aller au rebond offensif, ou de demander le ballon au poste.

Ce qui nous amène à la statistique principale : 1.29. Cette saison, Kevin Love marque 1,29 points par possession lorsqu’il se retrouve au poste bas. C’est de loin la meilleure moyenne de la ligue, puisque le second, Dirk Nowitzki, est à 1,12 points par possession (minimum 50 possessions). Pour comparer avec ses performances de l’an dernier, Love faisait partie des tous meilleurs dans son domaine, mais ne marquait « que » 0,98 points par possession au poste bas (via Synergy).

Rajoutons que Love réussit un impressionnant 72.2% de ses tirs au poste bas, et subit une faute sur 23.6% de ses tentatives, soit quasiment une fois sur quatre. Ces deux pourcentages sont de loin les meilleurs de la ligue dans ce domaine. Avec une réussite de 87.5% aux lancers francs, l’intérieur des Cavs semble pouvoir obtenir ce qu’il souhaite au poste bas.

Avec une telle palette offensive à sa disposition, David Blatt a pu mettre en places quelques systèmes offensifs intéressants, comme celui-ci face aux Pacers en fin de match.

Les Cavaliers feintent le postup et permettent à Kevin Love de prendre son défenseur de vitesse à l’intérieur. LaVoy Allen devait respecter le danger que Love représentait au poste. Il décide donc d’anticiper la passe, mais il se fait avoir sur un démarquage dans son dos. C’est une action rapide mais précise.

Pour ce qui est du nombre de touchers de ballon qu’obtient Love, on peut simplement observer les tirs qu’il tente par match : 12,7 l’an dernier contre 15,1 cette année. Nous sommes encore loin des 18,5 tentatives à Minnesota, mais il s’agirait d’un objectif irréaliste avec un tel talent offensif qui l’entoure à Cleveland. Son usage percentage, en revanche, a drastiquement augmenté cette saison : de 21.7% en 2014-15 contre 25.6% en 2015-16.

Le résultat de ces ajustements : une démonstration de Kevin Love face au Magic. 20 points dans le second quart temps, dont 17 de suite.

Que peut-on déduire de ces statistiques concernant Kevin Love ? Tout d’abord, on peut être certain que ses points par possession vont diminuer, puisqu’il semble peu probable qu’une telle efficacité soit durable. Mais surtout, on observe qu’un effort a été fait pour impliquer Love plus régulièrement en attaque, avec différents systèmes.

Cela va-t-il durer avec le retour des blessés (et d’un certain meneur All-Star) ? Ce faible échantillon de 15 matchs ne pourra malheureusement pas nous donner de réponses.

4,37

Lorsque Matthew Dellavedova est arrivé au training camp des Cavaliers en 2013, beaucoup se demandaient combien de jours il tiendrait avant de se faire couper. Deux saisons et une campagne de Playoffs réussie plus tard, Delly mène la ligue en terme de ratio « passe décisive/perte de balle » avec 4,37. On peut dire que son histoire est plus qu’intrigante.

Il est arrivé dans la ligue grâce à son intensité et son activité sur le terrain, sans être particulièrement doué au scoring, au shoot, au dribble ou à la passe. Pour être franc, il ne savait « que » courir et lever ses bras en défense. Il faisait une différence grâce à son intensité. Le coach des Cavaliers à l’époque, Mike Brown, appréciait cela et en faisait son joker favori en sortie de banc. Souvent aligné aux côtés du meneur dans le rôle d’arrière « peste », Dellavedova a rapidement conquis les fans.

Réalisant qu’il n’avait aucune technique particulière qui le démarquait des autres en attaque, le meneur australien a travaillé son shoot afin de ne plus être un poids mort en attaque. Dans l’anonymat le plus total, il est rapidement devenu un shooteur fiable (40,7% à trois points en 2014-15) mais aussi un défenseur plus discipliné. C’était au tour de coach Blatt d’être séduit par la détermination de son joueur.

Aujourd’hui, Delly rentre 38,5% de ses tirs à trois points, délivre 5.9 passes décisives et ne perd que 1,4 ballons par match, en étant tout aussi présent défensivement. Mieux encore, il fait partie des meilleures combinaisons de la ligue en terme de +/-, parfois même sans la présence du numéro 23 des Cavaliers.

Certes, son utilisation sur le terrain sera limitée. Les Cavaliers n’attendent pas de lui qu’il fasse du Mike Conley Jr. Mais Matthew Dellavedova s’est montré plus que capable d’être le troisième créateur en ce début de saison. Les défenses se sont carrément mises à le défendre à deux sur pickandroll, de peur qu’il ne trouve son intérieur avec un lob. Sa fameuse combinaison avec Tristan Thompson a longtemps semblé inarrêtable avant ces ajustements.

Comment ne pas être impressionné par la progression du jeune Aussie ?

26,7%

Il s’agit de l’impact de LeBron James en défense cette saison. Par sa présence et le fait qu’il conteste quasiment huit tirs par match, James limite ses adversaires directs à 26,7% de réussite. Bien sûr, une telle statistique présente des défauts. Que peut-on caractériser comme étant un « tir contesté » ? Est-ce que ce joueur était réellement défendu par James ou a-t-il reçu l’aide d’un de ses coéquipiers ?

Ces questions sont légitimes, mais une telle baisse signifie forcément quelque chose pour la défense de LeBron James. La saison dernière, avec un nombre de tirs contestés similaire, ce chiffre était de 42,9%. Cette année, James est à un incroyable 26.7%. Pour se faire une meilleure idée de la performance du numéro 23, comparons-le à un jeune défenseur réputé. Cette saison, Kawhi Leonard maintient ses adversaires directs à 35.0% en contestant 10 shoots par match (avec une compétition plus rude).

Souvent accusé de « s’économiser » sur le terrain l’an dernier, James a certainement corrigé le tir en ce début de saison. Peut-être est-ce la présence plus signifiante de Kevin Love en attaque qui lui permet de se concentrer sur l’aspect défensif du jeu. Encore une fois, ce chiffre ne durera probablement pas vu la faible poignée de matchs joués, mais il s’agit d’un signe encourageant pour la défense collective des Cavaliers.

Bien sûr, lorsqu’on lui assigne la tâche de défendre sur Sasha Vujacic, il sera légèrement moins motivé. Son implication en défense n’est pas toujours parfaite, notamment sur ses retours en défense.

Cependant, on a vu à plusieurs reprises cette saison cette volonté de relever le défi et de montrer qu’il est le joueur qui doit dominer sur le terrain. On pense notamment au duel contre les Knicks il y a deux semaines, au cours duquel il a étouffé Carmelo Anthony en seconde mi-temps (4 points, 1-9 au tir). 

Quand Justise Winslow a eu l’audace de vouloir défendre sur lui, James a minutieusement choisi les manières dont il allait prouver au rookie qu’il était indéfendable. En attaque comme en défense, LeBron James lui a montré l’étendu de ses capacités.

Lorsqu’il est impliqué de cette manière, il impressionne toujours autant par sa vitesse, sa force, et sa technique. Il souhaite toujours prouver qu’il est le meilleur.

37,4

Il s’agit du net rating affiché par la combinaison des trois joueurs cités ci-dessus : Kevin Love, Matthew Dellavedova et LeBron James. Derrière le trio incontournable de Golden State, Curry-Thompson-Iguodala (39,2 de net rating), la combinaison des Cavaliers est la seconde plus efficace de la ligue.

Ils ont joué 168 minutes ensemble cette saison, pour un offensive rating de 122,8 et un defensive rating de 85,4, ce qui est plutôt impressionnant. Depuis janvier 2015, jamais une combinaison pareille n’avait été aussi dominante défensivement pour Cleveland. La saison dernière, la meilleure formule n’affichait qu’un defensive rating de 91,2, et elle incluait un Timofey Mozgov au top de sa forme.

Cette saison, la capacité des joueurs à se ressaisir lors de situations difficiles impressionne, et il faut féliciter le coaching staff pour cela. Face à Atlanta la semaine dernière, les joueurs de David Blatt étaient menés 17-16 à cinq minutes de la fin du premier quart temps. Quelques minutes plus tard, l’écart était de 15 points en faveur des Cavaliers, qui venaient de passer un 16-0 en sortie de temps mort. Ce fût la dernière avance des Hawks, défaits 97 à 109.

Une grande partie de cette performance était également dû à l’activité de Kevin Love et Tristan Thompson en défense (19 rebonds défensifs, 3 contres) qui ont dominé leur duel face à Paul Millsap et Al Horford (24 points, 7-25 au tir).

D’ailleurs, que se passe-t-il lorsque l’on ajoute Tristan Thompson à l’équation ?

C’est bien simple : avec Dellavedova, James, Love et Thompson sur le terrain, les Cavaliers postent le meilleur net rating de la ligue à 47,1, et un defensive rating d’élite à 78,3 points. (via nba.com)

La blessure de Mozgov a poussé le coaching staff à faire jouer Thompson 40 minutes par match, mais cela leur a également permis d’exploiter la meilleure combinaison qu’il possèdent actuellement dans leur effectif.

Aux côtés de James et Love, Thompson joue le rôle de l’intérieur d’élite en défense ainsi qu’au rebond. Dans une ligue qui semble pouvoir résister au small ball, c’est une arme de grande valeur à posséder.

64,4%

Il s’agit du pourcentage de paniers inscrits cette saison par les Cavaliers provenant d’une passe décisive (assist percentage). La saison dernière, ce chiffre se situait à 58,7%, classé 13e de la ligue. Cette saison, à 64,4%, l’équipe se retrouve troisième dans ce domaine. Témoignage d’un changement de mentalité ? Très certainement. Il semblerait que coach Blatt ait réussi à faire passer son message.

Contre Milwaukee le 19 novembre dernier, les Cavaliers ont réalisé 29 passes décisives pour 40 paniers marqués (soit un pourcentage de 72,5% des paniers assistés). Exemple de la fluidité du mouvement, dans le second quart temps du match :

Ce soir là, les Cavaliers ont exploité la défense naïve des Bucks tout au long de la rencontre.

Jason Kidd donne pour ordre à ses joueurs de se pencher avec insistance du côté du ballon. C’est à dire qu’ils laissent le weak side ouvert. Cela permet aux Bucks d’étouffer le porteur de balle, de boucher la raquette et de forcer de mauvaises passes.

Cependant, une mauvaise rotation peut ruiner leur possession entière. Ça, ou la créativité d’un LeBron James.

Ball M

LeBron James est ici enfermé dans le corner par les longs bras de Giannis Antetokounmpo. Le terrain est correctement espacé car les Cavaliers disposent de quatre shooteurs sur le terrain. James tente de basculer le jeu en cherchant J.R. Smith à l’opposé du terrain.

Vous remarquerez l’importance de Timofey Mozgov à l’intérieur, demandant le ballon afin de faire diversion. Il attire l’attention de Jabari Parker. Quant à Greg Monroe, il se retrouve malgré lui à défendre sur un Kevin Love éloigné à trois points.

Ball M 2

Une fois la passe de James arrivée à destination, Greivis Vasquez choisit de quitter son poste pour fermer l’espace sur Smith. O.J. Mayo, ayant perdu son joueur au départ, doit effectuer sa rotation sur Matthew Dellavedova. Vasquez l’a couvert pour Smith, il doit le couvrir sur Dellavedova.

Smith lit correctement la situation et décale le ballon vers son meneur. Il ne force pas le tir, sachant qu’il peut en obtenir un meilleur en passant. Son placement dans cette action est décisif, puisqu’il écarte véritablement la défense adverse.

Ball M 3

Malheureusement pour Jason Kidd, ses joueurs n’ont pas suivi ses consignes à la lettre. Mayo fonce sur Smith alors que Vasquez était déjà à sa place, laissant Matthew Dellavedova grand ouvert.

Greg Monroe se retrouve désormais avec deux choix : laisser Dellavedova ouvert pour empêcher Love de shooter, ou prendre le risque de concéder un drive au panier en effectuant la rotation sur le meneur des Cavs.

Ball M 4

L’intérieur des Bucks choisit la troisième option et reste planté en plein milieu du terrain. De quoi s’arracher les cheveux pour Kidd (oups). On peut admirer l’effort d’Antetokounmpo sur cette possession, qui parvient tant bien que mal à contester ce tir.

Au final, il s’agissait d’un bon effort défensif des Bucks sur cette possession, mais le mouvement précis et orchestré des Cavaliers a déstabilisé leurs rotations. En l’espace de quelques secondes, trois shoots ouverts se sont créés (Delly, Love puis un potentiel tir pour James).

C’est réellement formidable de voir les possibilités qui s’offrent aux Cavaliers grâce au bon coaching et à la discipline des joueurs. En connaissant l’état de santé de l’effectif, cela ne peut promettre que de bonnes choses pour la suite.

Cela étant, rien n’est encore acquis. Il y a seulement une semaine, Cleveland perdait un deuxième match de suite à Detroit, à cause de son manque d’attention et d’intensité. Il aura fallu une déclaration de James et des entraînements intensifs de Blatt pour remettre l’équipe sur la bonne voie.

Les Cavs font désormais face à deux affrontements très rudes, à Toronto et à Charlotte (impressionnants en ce début de saison). Les dynamiques changent vite en NBA, et il ne faudra pas se laisser surprendre.