Playoffs Preview : Atlanta Hawks (60-22) – Cleveland Cavaliers (53-29)

Les Cavaliers ont vécu un second tour éprouvant face aux Bulls. Ils avaient déjà perdu Kevin Love contre Boston et ils ont dû s’en sortir sans J.R. Smith (suspendu deux matchs), avec un Kyrie Irving diminué, Iman Shumpert blessé à la jambe et un LeBron James anormalement maladroit au tir contre Chicago. Malgré cela, leur envie les a emmené jusqu’au chemin des finales de conférence où ils rencontreront la meilleure équipe de la conférence Est en saison régulière.

Les Hawks non plus n’ont pas bénéficié d’un chemin facile jusqu’à présent. Accrochés par les Nets (4-2) et poussés dans leurs retranchements par les Wizards (4-2), ils n’ont pas particulièrement convaincu lors de cette campagne de Playoffs. Néanmoins, pour en arriver à ce stade de la compétition, ils ont forcément dû accomplir quelque chose de spécial. Leurs fondamentaux offensifs restent solides, tout comme leur défense.

Au cours de leurs affrontements en saison régulière, les Cavaliers et les Hawks se sont infligés de lourdes défaites (127-94 le 15 novembre, 98-127 le 17 décembre) mais se sont également affrontés lorsque LeBron James était blessé (101-109 le 30 décembre) et lorsque les Cavs étaient au beau milieu d’une semaine de cinq matchs (97-106 le 06 mars).

Lors des deux premiers matchs, Cleveland alignait encore Anderson Varejao et Dion Waiters dans son cinq majeur. Au troisième affrontement, la rotation intérieure des Cavaliers tournait autour de Tristan Thompson, Lou Amundson et James Jones (Love ayant été diminué en début de saison). Du côté de Atlanta, les Hawks étaient également privés de Al Horford pour l’une de ces rencontres. Autant dire qu’il est difficile de tirer des conclusions de ces affrontements en saison régulière.

L’avantage d’écrire des previews, c’est qu’on peut passer des paragraphes à spéculer et émettre différentes théories sur les futurs matchups. Sans perdre d’avantage de temps, penchons-nous sur cette série qui s’annonce intrigante.

Au cours de ces Playoffs, nous avons vu plusieurs facettes du jeu de LeBron James. Celui tout en maîtrise, comme vu face à Boston, celui qui attaque sans relâche avec une efficacité déconcertante (Game 5 contre Chicago), mais aussi un James en difficulté avec son tir.

Jusqu’à présent, en 10 matchs de Playoffs, LeBron n’a rentré que sept tirs à trois points sur 48 tentatives, soit un pourcentage de réussite de 14.6% ! Il s’agit tout simplement du pire pourcentage de la ligue parmi les joueurs de l’histoire ayant tenté au moins 45 tirs derrière l’arc (source). Pourtant, James n’est pas un mauvais shooteur, puisqu’il a déjà enregistré une saison à plus de 40% à trois points (2012-2013) et rentre 34.2% de ses tentatives en carrière.

Plus inquiétant encore, LeBron James ne réussit que 27.5% de ses jump shots en Playoffs, contre 35.5% en saison régulière. Bien qu’il semble pouvoir trouver son adresse dans les moments « clutchs », il serait utile de pouvoir compter sur son shoot sur toute une série afin de ne pas être prévisible et empêcher les Hawks de verrouiller la raquette comme les Bulls ont pu le faire au tour précédent.

Depuis le début des playoffs, David Blatt prône une défense un peu particulière, et peu commune en NBA. En fin de match, les Cavaliers changent de marquage individuel lors des actions en pick & roll adverses. En pratique donc, lorsqu’un meneur de jeu tente d’obtenir un écran pour créer de l’espace, les joueurs des Cavaliers échangent simplement leurs attaquants pour empêcher le porteur de balle d’ouvrir une brèche.

Illustration parfaite de cette technique à la fin du match 1 contre les Bulls : Derrick Rose demande à Tristan Thompson d’abandonner son marquage sur Pau Gasol et de concéder un tir mi-distance ou de laisser l’ancien MVP entrer dans la raquette avec balle en main. Les Cavaliers, eux, choisissent une troisième option : faire confiance à la défense féroce de Thompson, même à 9 mètres du panier, sur un joueur beaucoup plus rapide que lui.

 

Comme nous pouvons le voir ici, Iman Shumpert passe sur Gasol et laisse à l’intérieur canadien la responsabilité de stopper Rose (notez également le switch suivant entre Shumpert et LeBron James pour éviter un post-up très désavantageux pour les Cavaliers). Rose tente de pénétrer mais l’envergure et l’agilité du canadien lui ferme cette voie. Les Cavs se donnent une mince chance de revenir dans le match grâce à leur défense, mais ils ne parviendront cependant pas à marquer sur la possession suivante.

Autre exemple lorsque les Bulls récupèrent le ballon sur l’action suivante. Cette fois-ci, lorsque Jimmy Butler se charge du jeu en isolation, la même consigne est respectée.

Sur cette action, même le meilleur défenseur extérieur des Cavaliers ne tente pas de combattre l’écran pour défendre sur Butler, il laisse la rotation se produire naturellement. Tristan Thompson fait un boulot extraordinaire pour contenir l’attaque du Chicagoan, mais celui-ci parvient à rentrer un shoot extrêmement difficile pour sceller la victoire des hommes de Tom Thibodeau à la Quicken Loans Arena.

Cette défense peu commune en NBA a permis à Cleveland de souvent limiter l’attaque des Bulls au second tour. Il est important de signaler tout de même que leur manqué d’efficacité offensive est également le résultat du manque de mouvement de leur attaque, de par sa conception rudimentaire, en plus aggravée dans les matches 4 et 5 par l’absence de Gasol, véritable ancre à l’intérieur.

Les deux meneurs des Hawks, Jeff Teague et Dennis Schröder pratiquent énormément le pick & roll en attaque. Ils sont tous les deux dans le top cinq des joueurs les plus prompts à utiliser ce style de jeu lors de ces Playoffs (classement pour les joueurs avec un minimum de 50 possessions, 48 et 56% de leurs possessions respectives). On peut donc s’attendre à ce que les Cavaliers tentent de ralentir Atlanta avec la même tactique que celle employée contre les Bulls.

Pour Cleveland, le danger sera de trop s’exposer avec cette tactique. Une rotation manquée par un défenseur sera fatale à l’équipe, puisque les Hawks ne manqueront pas une occasion de se trouver un tir ouvert. En effet, au cours de la saison régulière, pas moins de 67% de leurs paniers marqués provenaient d’une passe décisive. Atlanta a fondé son jeu sur un collectif parfaitement coordonné qui ne craquera pas face à Cleveland en finale de conférence, malgré les performances poussives face à Brooklyn et Washington.

Si les Hawks ont eu des difficultés offensives jusqu’à présent dans les Playoffs, leurs deux intérieur All-Stars, Al Horford et Paul Millsap, constituent leur force majeure. Face à eux, en l’absence de leur partenaire au numéro 0, Timofey Mozgov et Tristan Thompson vont devoir continuer à dominer les raquettes. Face à deux grands intérieurs, on pourrait imaginer voir Mozgov mis à contribution beaucoup plus souvent que contre les Bulls (limité à 26 minutes par match), qui ont vite compris qu’ils ne pouvaient marquer des points qu’en jouant plus “petit”.

Pas forcément reconnus pour être des foudres de guerre en défense, les Cavaliers sont l’équipe la plus productive des Playoffs aux contres jusqu’à présent avec 7,6 contres par matches en moyenne. Cela a beaucoup à voir avec la qualité de la défense près du panier que les intérieurs des Cavs ont démontré sur les deux premières séries. La franchise de l’Ohio ne concède à ses adversaires qu’un pourcentage aux tirs de 52,3% à moins d’un mètre 50 du panier, troisième meilleure marque des Playoffs, et seconde seulement derrière les Warriors pour les équipes encore qualifiées.

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A gauche, les statistiques des Cavaliers lorsqu’ils jouent avec Thompson et Mozgov sur le parquet. A droite, les même statistiques pour les Hawks avec Horford et Millsap lors de ces playoffs.

Bien qu’ils ne touchent pas le ballon autant que les intérieurs des Hawks, les deux titulaires aux postes 4 et 5 des Cavaliers ont un impact énorme sur leur équipe lorsqu’ils sont tous les deux sur le parquet. Avec « Double T » et Mozgov en jeu, l’efficacité défensive des Cavaliers serait la meilleure des Playoffs si ce n’était pour les Bulls, qui ont terminé avec un défensive rating de 98.1.

Evidemment, l’opposition que Cleveland a rencontré lors des deux premiers tours n’a rien à voir avec le challenge que représentera la paire Horford/Millsap. Mais le duel à l’intérieur sera un des importants enjeux de cette série. Leur impact au rebond notamment pourrait décider du sort des deux équipes. Si les Cavs peuvent obtenir des deuxièmes chances en attaque en captant des rebonds offensifs précieux comme ils l’ont fait face aux Celtics et Bulls, ils pourraient se rendre la tâche plus facile.

Face à leurs deux premiers adversaires, les Cavaliers ont totalement dominé à l’intérieur, récupérant en moyenne 28.0% de leurs tirs manqués. La deuxième meilleure équipe dans ce domaine étant encore active est à 26.6%. Avec Tristan Thompson sur le terrain, ce chiffre monte jusqu’à 30%, soit presque un rebond offensif sur trois tirs manqués.

Parlons maintenant des joueurs de rotation. Au premier abord, le banc des Hawks semble être la pièce qui maintient l’équilibre de l’équipe de Mike Budenholzer. Atlanta n’a pas les stars de Cleveland et leur succès repose sur la performance d’un nombre important de leurs joueurs. Malgré les blessures, David Blatt n’a quant à lui pas ouvert son banc d’avantage que nécessaire et continue à utiliser une rotation de huit joueurs. Atlanta fait régulièrement appel à quatre ou cinq remplaçants en fonction des situations. Il est donc question de savoir lequel des deux bancs pourra donner un avantage plus important à son équipe.

Le banc des Hawks est une véritable arme offensive (50 points marqués dans le match 5 contre Washington) et leur permet surtout de changer de style de jeu si leur staff n’est pas satisfait des oppositions avec l’adversaire. En faisant jouer Pero Antic par exemple, Altanta pourrait forcer David Blatt à sortir Mozgov du match. Les Hawks vont également utiliser leur banc pour tenter de contenir LeBron James. Si DeMarre Carroll sera évidemment le premier sur le pont, il est certain que Mike Scott et même Paul Millsap devront par moment se coltiner le quadruple MVP. C’est d’ailleurs là que les Hawks vont vraiment sentir l’absence de Thabo Sefolosha, blessé par la police au mois d’avril.

Le banc de Cleveland, de son côté, a prouvé tout son talent contre les Bulls. Avec plusieurs joueurs blessés, les remplaçants des Cavaliers ont su élever leur niveau de jeu et relever le challenge posé par les joueurs de Tom Thibodeau, à l’image de Matthew Dellavedova, qui a marqué 19 points dans le match 6 décisif. James Jones, en délicatesse avec son tir extérieur par moment, reste tout de même une menace offensive trop importante pour être ignorée et remplace de son mieux Kevin Love dans un rôle de “stretch four”. Le banc des Cavaliers leur permet de jouer leur défense en “switch” comme vu plus haut, mais leur donne également un visage différent, avec un LeBron entouré de shooteurs pour créer un maximum de “spacing”.

Avec tout ces facteurs évoqués, les problèmes de santé demeurent. Kyrie Irving sera-t-il capable de répondre présent offensivement, comme défensivement ? Contrairement au tour précédent, il n’aura pas la possibilité de se cacher en défense, puisque les Hawks exploitent pleinement chacune des capacités de leurs joueurs. En cas de switch défensif, il devra avoir l’énergie et la mobilité de pouvoir suivre les rotations sans pénaliser son équipe.

Shumpert, Thompson et James se sont tous les trois pris des coups face à Chicago, mais seront quasiment en pleine possession de leurs moyens (à ce stade là, tout est relatif) pour affronter Atlanta. Comme lors du tour précédent, les joueurs complémentaires devront fournir un effort énorme pour contrer ceux des Hawks. Avec Carroll et le reste de la défense des Hawks sur le dos de James, il faudra répéter les performances au scoring qu’on a pu voir au second tour.

Justement, au sujet de DeMarre Carroll, il est important de noter qu’il joue actuellement le meilleur basketball de sa carrière. Au cours de ces Playoffs, il marque 17.1 points de moyenne à 52.4% au tir, 43.9% à trois points mais prend également 6.8 rebonds et 1.1 interceptions par match. Son mouvement constant sans ballon pourra poser problème aux Cavaliers, surtout s’ils décident de ne pas faire défendre Kyrie Irving directement sur Jeff Teague. Cela voudra dire que Irving devra poursuivre les ailiers de Atlanta à travers le terrain.

Défensivement, les Hawks seront présent à tout moment sur LeBron James comme lors de leur dernier affrontement en mars, match au cours duquel James avait commis neuf pertes de balle. Les Cavaliers peuvent s’attendre à voir leurs adversaires mettre une grosse pression sur les porteurs de balle pour forcer des erreurs et des passes précipitées. De l’autre côté du terrain, comme on l’a dit précédemment, il faudra véritablement défendre sur cinq positions. Joakim Noah ne représentait aucun danger balle en main lors du tour précédent. Al Horford est un tout autre joueur, capable de créer du jeu et de scorer.

Pour terminer cette preview, on peut jeter un œil à la forme actuelle des deux équipes. Atlanta arrive en finale de conférence avec difficulté, se retrouvant quasiment dos au mur dès le premier tour face à Brooklyn et en ayant joué contre une équipe de Washington qui ralliait progressivement le public de son côté. La fatigue et le manque de concentration par moment a failli leur coûter cher, mais ils sont su se ressaisir, en s’appuyant sur leur solide base défensive.

Cleveland, de son côté, a connu un premier tour relativement tranquille face à Boston, si ce n’est pour la blessure de Kevin Love. Malheureusement pour eux, c’est à partir de ce moment que tout a changé. En ajoutant la blessure de leur meneur et quelques autres pépins physiques, l’équipe s’est appuyée sur sa dureté et son courage pour se défaire de Chicago. Désormais en finale de conférence, les attentes sont moins fortes qu’en début de campagne, mais ils feront tout pour relever ce défi.

D’un côté, une tête de série qui peine à convaincre et de l’autre, un favori déchu qui cherche à faire tomber chaque équipe se dressant sur son chemin. L’avantage, c’est que l’une d’elle se paie les services de LeBron James.

Pronostic CavsFR : Atlanta 3-4 Cleveland.

Article rédigé avec l’aide précieuse de Alexandre Raffalli (Twitter)