Cleveland, reconstruction d’une ville abandonnée

Il est de retour. Quatre ans après son départ, l’Élu revient dans sa ville, dans sa franchise. Lui, le gamin de l’Ohio, né à Akron, a donc décidé de revenir sur les terres de ses premiers exploits. Oublié The Decision, oublié sa « trahison » et son départ pour South Beach. Aujourd’hui, il n’y a plus qu’une seule chose qui compte : LeBron James est de retour chez lui, avec pour seul objectif de ramener le trophée Larry O’Brien à la Quicken Loans Arena et à la ville de Cleveland.

Pour moi, Cleveland va de paire avec LeBron James, et vice versa. Si j’ai découvert la NBA avec les Kings du début du 21e siècle mais aussi avec Tony Parker et Allen Iverson, c’est bien LeBron James qui m’a fait aimer ce sport.

LeBron possède, au moment d’arriver à Cleveland, tout ce qui compose une belle histoire à l’américaine. Élevé par une mère seule, déménageant dans une ville ouvrière, il commence le basketball avec ses amis, devient une star nationale avec son lycée, puis est sélectionné en premier lors de la draft 2003, par la franchise voisine, les Cavaliers. Pendant sept ans, King James va régner sur Cleveland. Finales NBA en 2007, double titre de MVP en 2009 et 2010, record de la franchise en établissant une saison à 66 victoires en 2009… Durant ses premières années dans la ligue, il fait tout part lui-même.

De son premier match NBA, où il signe des débuts tonitruant avec 25 points, 9 passes, 6 rebonds et 4 interceptions, jusqu’à son ultime prestation, où malgré l’élimination par Boston lors du Game 6 des demi-finales de Conférence Est en 2010, il signe un triple double monstrueux avec 27 points, 19 rebonds et 10 passes, LeBron James va emmener Cleveland dans son sillage. MVP de la ligue, du All Star Game, membre de la All-NBA First Team à plusieurs reprises, meilleur scoreur de la ligue, il a tout fait. Il devient l’une des plus grandes superstars de la NBA du 21ème siècle à Cleveland.

Il propose des performances individuelles exceptionnelles, notamment en Playoffs, là où les grands joueurs deviennent des légendes. Dès sa première campagne, en 2006, il sort les Wizards de Gilbert Arenas en réalisant notamment un triple double dans le premier match de la série. L’année suivante, il emmène son équipe en Finales NBA, avec ce match légendaire contre Detroit en finale de conférence. Ce match même, dans lequel il score 29 des 30 derniers points de son équipe. En 2009, il crucifie le Magic au buzzer, avec un trois points monumental qui reste sans doute le plus gros shoot de sa carrière sous le maillot des Cavs. Pendant sept ans, LeBron James va s’affirmer comme le plus grand joueur de l’histoire de la franchise.

Cependant, ça ne suffisait pas. Des récompenses individuelles, des records, mais pas de titre de champion… L’amour inconditionnel des fans de Cleveland n’a pas suffit à le retenir. Se sentant mal entouré, LeBron décide en 2010 de quitter sa maison, pour rejoindre Dwyane Wade et Chris Bosh à Miami.

Paradoxalement, et même si ce départ ressemble à une trahison, mon amour pour la franchise n’a fait qu’augmenter depuis son départ. Alors que bon nombre de « fans » brûlent les maillots du roi devenu traître, ou que beaucoup se mettent, pour le coup, à supporter le Heat, à mes yeux il est évident que je continuerai de supporter les Cavaliers, même sans mon joueur favori. Je n’en ai jamais voulu à LeBron. Les choix de carrière, bien que parfois cruels, prennent en compte une multitude de facteur que nous, simples fans, ne pouvons mesurer entièrement. Quant à l’annonce télévisé, elle sonne comme une erreur, mais elle parait, à mon sens, comme un détail dans ce départ, qui de toute façon, ne pouvait qu’être critiqué.

Au moment de ce départ, Dan Gilbert va écrire une lettre destinée aux fans des Cavaliers. Dans cette lettre, il fustige LeBron, critiquant sa décision de partir. Il lui reproche d’avoir abandonné son équipe dans les matchs chauds des Playoffs, notamment lors de la série contre Boston en 2010. Puis, pour finir, Gilbert promet à Cleveland de leur ramener un titre avant Miami. Une douce chimère. Comment gagner un titre dans un court délai lorsque votre double MVP en titre part rejoindre deux autres superstars pour constituer le Big Three le plus imposant de la ligue ?

Supprimé seulement la semaine passé du site des Cavaliers, ce texte de Dan Gilbert montre à quel point la « trahison » de LeBron fut mal vécu pour les fans de la franchise de l’Ohio. Lui, celui qui a remis Cleveland sur le carte, qui a réanimé cette ville et qui lui a donné de l’espoir, choisit la solution de facilité pour atteindre son objectif…

J’ai donc appris à suivre Cleveland sans LeBron James. La première année a été très compliquée. L’équipe a souffert et a terminé la saison avec 42 victoires de moins que celle de 2009-2010. L’ossature de l’équipe est celle qui devait permettre à LeBron de gagner sa bague. Mo Williams, Anthony Parker, J.J Hickson ou encore Antawn Jamison. Mais sans King James, sans Zydrunas Ilgauskas, parti lui aussi à Miami, et sans Shaquille O’Neal, l’équipe est perdition total. Pour couronner le tout, les blessures déciment l’effectif. Puis, en fin de saison, une lueur d’espoir apparaît avec le premier choix de la draft 2011, et l’arrivée de Kyrie Irving… Un jeune joueur spectaculaire et prometteur, venu pour délivrer Cleveland.

A titre personnel, j’ai particulièrement suivi l’arrivée du meneur de Duke. Je me souviens très bien de son premier match de pré-saison, quelques jours avant noël (lockout oblige), contre les Pistons. Bien que ses débuts aient été poussifs, on ne pouvait pas passer à côté du talent de Irving.

Lors de la saison 2011-2012, et malgré un faible nombre de 21 victoires, le futur « Uncle Drew » montre qu’il était bien le meilleur choix pour Cleveland. Rapide, pouvant scorer dans n’importe quelle position, doté d’une vision du jeu avancée, il m’impressionne surtout par sa capacité à prendre le match en main dans le money time. Et il n’a que 20 ans. Si Byron Scott ne le fait jouer que 30 minutes, c’est pour lui montrer qu’il veut plus d’implication en défense de la part de sa nouvelle pépite.

Cette saison est aussi celle de Jamison, Ramon Sessions, Omri Casspi, Semih Erden, Alonzo Gee ou encore d’Anthony Parker. Des vétérans en fin de carrière, ainsi que des jeunes avec tout à prouver. Une saison difficile, avec une franchise qui manque de talent. Cela dit, avec Kyrie Irving, je ne peux qu’avoir de l’espoir dans un futur qui, de toute façon, ne peut être pire que les deux saisons que je viens de vivre.

Cependant, la saison suivante défile, et être fan de Cleveland reste quelque chose de très compliqué. Aux côtés de leur jeune meneur, Dion Waiters, tout juste drafté, et Tristan Thompson montrent de belles choses, mais la franchise n’avance pas. Pire, elle semble reculer. Elle ne gagne que trois matchs de plus qu’en 2012 alors que la saison compte 82 matchs, contre 66 la saison précédente. Si Irving confirme, en devenant par la même occasion All Star, l’ensemble reste trop fragile.

Trop jeune, surtout. Sur les cinq joueurs qui débutent plus de 50 matchs, deux sont rookies et deux sont sophomores. Wayne Ellington, Luke Walton, Maurice Speights ou encore Shaun Livingston font de leur mieux, mais l’effectif ne semble pas cohérent et trop peu talentueux. Ces joueurs là ont sur leurs épaules toute la pression d’une franchise habituée durant cette dernière décennie à jouer les premier rôles.

A l’issue de cette troisième saison de reconstruction, Cleveland bénéficie à nouveau du premier choix de la draft et sélectionne à la surprise générale Anthony Bennett, un ailier fort de UNLV. Le canadien réalise une saison très poussive, voire misérable, mais malgré son potentiel, il devient la risée de la ligue, emmenant les Cavaliers avec lui. Eux, sont moqués pour leur gestions et leurs choix et leur incapacité à rebondir. Une équipe ayant perdu son double MVP, possiblement le joueur le plus dominant de la fin des années 2000, est-elle censée redevenir un cador de la ligue seulement quatre années plus tard ?

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Avec 33 victoires à la fin de la saison 2013-2014, l’équipe manque une nouvelle fois les Playoffs. Le groupe est jeune, peut-être trop jeune, mais talentueux. Il promet de belles choses. Mais cela n’aboutit à rien. Le retour de Mike Brown aux commandes ne change rien non plus. L’équipe stagne.

Les Cavaliers font aussi parler d’eux pour le cas Andrew Bynum. Après une saison blanche de la part du pivot, Cleveland tente un pari en recrutant le colosse au main magique, mais aux genoux d’argiles. Si le début semble idyllique, Bynum enflammant la Q dès les premiers matchs avec des gestes incroyables pour un joueur de 2m13, la belle histoire bat de l’aile, et après 24 rencontres, pour des raisons floues, Bynum est suspendu provisoirement puis coupé. Le coup de poker tourne au fiasco.

Le reste de la saison est très difficile, car Cleveland a presque toujours semblé dans le coup pour accrocher les Playoffs. Les arrivées de Luol Deng et de Spencer Hawes ont permis cela. Mais au final, Cleveland fini à cinq petites victoires d’Atlanta, huitième de cette faible conférence Est. Cela dit, malgré moins de 2% de chance d’obtenir le premier choix de la draft, la franchise reçoit l’opportunité de choisir en premier le 26 juin au Barclays Center. Oui, encore une fois.

Depuis juin, c’est donc l’espoir qui revient sur Cleveland. La multitude de jeunes joueurs rassemblés n’a pas porté ses fruits jusqu’à présent, mais ça allait changer. Andrew Wiggins, phénomène physique et annoncé comme l’une des futurs stars de la ligue, pose ses bagages sur les bords du lac Érié.

Aux côtés de Irving, Waiters, Thompson et Bennett, c’était sûrement le scénario idéal. Une jeune équipe, prête à ramener des sourires sur les visages des fans. Prête à faire rêver une ville, un état entier, à nouveau. Sous les directives de David Griffin, mais surtout de coach David Blatt, venu d’Israël pour entraîner les Cavaliers, il était certain que la franchise avait tourné la page. Elle était prête à faire face à son nouveau défi.

Et puis… LeBron James choisit de devenir free agent. Je dois avouer que je n’ai JAMAIS pensé qu’un retour de James était possible. Pas aussi rapidement. Que ce soit au lendemain de The Decision, jusqu’à la semaine dernière, surtout en ayant connu quatre finales NBA en quatre ans, deux titres NBA, deux titres de MVP des finales et 2 trophées de MVP de la saison régulière à Miami. Comment quitter une équipe avec un bilan pareil ? Et pourtant.

La folle rumeur se concrétise rapidement, alors qu’elle semblait encore folle au lendemain du titre des Spurs. LeBron affirmait ne pas avoir à rencontrer les dirigeants du Heat pour prolonger. Il ne souhaitait que tester le marché. Les quelques jours précédant sa décision, l’espoir commençait à naître en moi. De voir mon basketteur favori revenir dans la franchise que je soutiens, qui l’a vu grandir… Le sentiment était incroyable. Des indices, solides ou non, accentuaient la rumeur d’un retour du Chosen One sur ses terres. Je n’arrivais pas à y croire. A mes yeux, cela manquait de logique, et ressemblait à un énorme fantasme médiatique.

Cependant, le vendredi 11 juillet, en milieu d’après midi, c’est sur Twitter que j’ai appris la nouvelle. Le meilleur basketteur de la planète, LeBron James, a décidé de revenir chez lui. Dans une lettre touchante, il parle d’un retour essentiel pour lui, pour sa femme et ses enfants, pour les voir grandir là où lui à grandit. Il parle aussi d’un challenge énorme, de ramener un titre dans la ville maudite du sport US. Sans, toutefois, en faire la promesse. On est loin du « Not one, not two, not three… » lors de sa présentation à l’American Airlines Arena, il y’a 4 ans. L’homme a changé, appris de ses erreurs, et, au sommet de sa carrière, a pris une décision peut-être encore plus difficile que celle prise il y’a quatre ans.

Entouré de lieutenants aussi jeunes que talentueux, l’espoir de le voir ramener un titre à Cleveland dans un futur proche est évidemment présent. De part son talent, son passé, son aura, il transforme complètement les Cavaliers. Dès la saison prochaine, Cleveland retrouvera la grande scène. Elle ne sera plus la franchise la plus moquée de la ligue. Au contraire, elle sera sans doute au centre de l’actualité, la plus suivie, la plus supportée.

Ces années de reconstruction m’ont rapproché de l’équipe. Je me suis attaché aux joueurs ayant pris part à ce processus. En particulier lorsque je voyais J.J. Hickson contrer Blake Griffin dans les dernières secondes d’un match contre les Clippers. Un match que les Cavaliers finiront par gagner, mettant un terme à une série de 26 défaites de suite. La ville entière a été brisée par son histoire, mais elle est restée forte et unie. Elle mérite de voir une telle équipe les représenter.

L’espoir d’un titre, après ces quatre années difficiles, représente un sentiment merveilleux pour chaque fan de cette franchise. Encore plus pour ceux qui ont connus Donald SloanRyan Hollins ou encore Mychel Thompson débuter les matchs.

Désormais, ce sont bien Kyrie Irving, Andrew Wiggins, LeBron James, Tristan Thompson et Anderson Varejao qui défendront l’honneur des Cavaliers. L’honneur d’une ville tout entière qui sera derrière eux à chaque instant.